• Laurie

Elle & Lui - Une histoire bouleversante

L’été 2018 nous avons décidé de faire un bébé.

Le même été ma mère a commencé à être malade, très malade, elle vomissait tout ce qu’elle mangeait et avait perdu beaucoup de poids. Après plein d’examens, le verdict est tombé en Septembre, cancer du pancréas. Pas de stade annoncé, ma mère ne voulait pas savoir même si d’après ce que j’avais lu ça en était surement au stade 4. Il y avait peu d’espoir mais on en a toujours et comme on dit l’espoir fait vivre.


Un jour j’étais chez mon ostéopathe pour un énième mal au dos et forcément il m’a demandé ce qu’il se passait dans ma vie, si j’étais stressée… Je lui ai raconté pour ma mère et mon envie de bébé, je lui ai dit que je n’avais pas envie de tomber enceinte si c’était pour qu’elle ne le voit pas si elle mourrait dans quelques mois. Il m’a dit qu’on ne faisait pas un bébé pour les autres et il avait raison mais ce que je ne savais pas c’est que j’étais enceinte depuis la veille.


Début novembre, premier rendez-vous chez ma gynéco, calcul de la date de conception : 21 Octobre. Donc date du terme le 21 Juillet, j’ai cherché son signe astrologique : Cancer…

Peu après je suis descendue dans le sud. Ma mère était à l’hôpital. Pour l’annoncer à ma mère, j’avais préparé quelque chose de spécial. J’avais acheté un livre de tricot, je lui ai mis une petite carte « Au boulot ! » et j’ai empaqueté le tout. Quand elle l’a déballé devant ma sœur et moi, elle m’a dit « Tu es enceinte ? Ce que je suis contente ! ». Et on a toutes pleuré de joie et surement un peu de tristesse.


En Novembre, opération prévue pour ma mère pour enlever son énorme tumeur sur le pancréas. Finalement en ouvrant, ils n’ont pas fait l’opération prévue car ils ont trouvé des métastases. Ils ont fait une dérivation pour qu’elle puisse à nouveau manger normalement. Mi-Décembre elle a commencé la chimio, un jour toutes les deux semaines.



Elle est rentrée mi-Décembre de l’hôpital et a trouvé le sapin qu’on lui avait préparé en secret avec ma sœur, j’avais renouvelé toutes ses vieilles boules et guirlandes de Noël et tout ramené par le train.

Je suis revenue pour les vacances de Noël, on a profité, rien fait sur le canapé et regardé Sissi comme toujours aux vacances de Noël.


Début Janvier, première échographie, bébé allait bien, le sage-femme était sûr à 90% que c’était un garçon, ce qui a été confirmé après. Mais moi je voulais une fille, pour avoir la même relation que j’avais avec ma mère, j’ai toujours été une fille à maman.

Les mois ont passé, ma grossesse continuait de se dérouler sans problème. À part la fatigue, pas de nausée, pas de vergeture, pas trop de poids en plus sur la balance.

Pour ma mère les chimio s’enchainaient, son état était stable, elle tenait le choc, la semaine après la chimio elle était toujours à plat mais la deuxième semaine elle avait la forme, elle ne perdait pas beaucoup de cheveux et elle était alimentée par perfusion depuis longtemps ce qui l’aidait.


Ça a continué comme ça jusqu’à début Juin ou elle a commencé à être toujours fatiguée même la

semaine où elle aurait dû être en forme. On pensait au contre coup de la chimio parce qu’on ne voulait pas penser à pire.


Le 17 Juin ma mère est rentrée à l’hôpital car elle n’était vraiment pas bien. Ses reins ne

fonctionnaient plus et ne fonctionneraient plus jamais, le cancer s’était encore propagé. Ma mère le savait mais ne nous avait rien dit, elle nous a protégé comme elle l’a toujours fait. À chaque retour de bilan, elle disait que c’était stable.


Le 21 Juin, dernier jour de mon 8 ème mois, ma sœur m’a appelée pour m’annoncer que c’était la fin pour ma mère et qu’elle risquait de ne pas tenir jusqu’à l’arrivée de mon fils. Mon monde s’est écroulé.

Peu de temps après, je lui ai écrit pour lui dire le prénom qu’on avait choisi, parce que je voulais quelle le sache si elle partait avant et je lui ai demandé de choisir son troisième prénom.


Mon dernier rendez-vous à la maternité c’était le 25. Je l’ai maintenu pour être sûre que le bébé et moi on allait bien, que je pouvais voyager sans problème et également pour demander s’il était possible de déclencher mon accouchement pour que ma mère puisse le rencontrer.

Malheureusement bébé se faisait beau pour moi et n’avait pas envie d’arriver tout de suite.


Le 26 j’étais dans le train pour rejoindre ma mère et ma famille en laissant un futur papa

compréhensif derrière moi. C’était une surprise pour ma mère qui était très contente car elle n’avait pas osé me le demander pour pas me faire culpabiliser si je ne pouvais pas venir. Je n’aurais pas imaginé être ailleurs et déjà les cinq jours entre le jour où je l’ai appris et celui où j’y suis allée m’ont paru être une éternité.

J’ai toujours dit que je ne voulais pas faire un parisien et que quand je serai enceinte j’irai passer le dernier mois de ma grossesse dans le sud pour être sûre de faire un varois, je ne pensais vraiment pas que ça allait arriver et pourtant…

Plus les jours passaient, plus elle s’affaiblissait et plus elle souffrait et refusait la morphine pour être consciente si le bébé arrivait. Mais il y a eu des moments agréables et des bons souvenirs. Ma mère, cette battante, qui tous les jours nous commandait nourriture et boissons en fonction de ses envies, nous a demandé de la pizza, du foie gras, des toasts de saumon et même du vin blanc, elle vomissait tout mais continuait de manger. Et on était tous là, mon père, ma sœur, mes tantes, dans cette chambre assis un peu partout avec ma mère et ses toasts et son verre de vin blanc, et les aides-soignantes et infirmières qui rentraient et partageaient ces derniers instants de bonheur.


Au bout de quelques jours, le lundi 1 er juillet, mon père, ma sœur et moi nous sommes allés voir son médecin. Pour une question « d’organisation », on lui a demandé combien de temps il lui restait. Il a dit deux semaines max… Il m’en restait trois. Vu l’avancée de ma grossesse il n’était plus question pour moi de prendre le train pour retourner chez moi. Il me fallait un rendez-vous avec un gynécologue sur place et ils ne me connaissaient ni d’eve ni d’adam, le médecin en a donc pris un pour moi le vendredi et on a organisé le transfert de dossier avec la maternité où j’avais prévu d’accoucher.


Avec le papa on avait prévu toutes les possibilités pour qu’il nous rejoigne, si bébé arrivait

naturellement, en semaine ou le weekend, le jour ou la nuit mais aussi si on me déclenchait.

Le vendredi, le bébé était descendu et on pouvait me déclencher mon accouchement le dimanche. Si ma mère partait avant, on annulait mais il fallait aussi penser au fait qu’elle pouvait partir pendant…

Mais ma décision était prise, s’il y avait une chance pour qu’elle le voit il fallait que je le fasse. Le papa comprenait ma décision même si ce n’était pas facile pour lui, qui ne pouvait pas vivre ces derniers jours de grossesse avec moi.


Jusque-là on n’avait pas évoqué la question du déclenchement avec ma mère pour ne pas lui donner de faux espoir. Après le rendez-vous je suis retournée la voir pour lui dire de tenir bon jusqu’au dimanche voire lundi. Elle souffrait tellement et je culpabilisais car je savais qu’elle luttait pour ça.


Depuis plusieurs jours je n’osais même plus parler du bébé devant elle pour ne pas lui faire de peine. Quand il bougeait je le touchais discrètement. Mon père me regardait avec le sourire et me chuchotait « il bouge ? » alors qu’elle dormait.

Le papa est arrivé le samedi soir. Le dimanche matin je rentrais à l’hôpital avec lui et au final toute ma famille qui était là. Mon père, ma sœur, mon oncle, mes tantes.

J’avais une chambre à l’étage en dessous d’elle et je pouvais faire mes allers retours pour aller la voir toute la journée quand je le souhaitais. Le dimanche on m’a mis le tampon d’hormones le matin, j’ai eu quelques contractions dans la journée mais rien de plus. Je sentais l’attente de ma mère.

Le lundi, j’ai pu aller la voir tôt le matin, car après on me mettait la perfusion avec les hormones pour la deuxième étape du déclenchement. La péridurale a été faite assez tôt, les heures passaient et de mon côté il ne se passait toujours rien. La douleur était là malgré la péridurale mais c’était gérable.


Quelqu’un souffrait plus que moi et depuis bien plus longtemps un étage plus haut

Dans l’après-midi, après une énième visite de la sage-femme qui me torturait en me massant le col, je me suis mise à pleurer, je n’en pouvais plus de tout ça. Ma mère attendait et le bébé allait bien mais fatiguait un peu alors on m’a proposé une césarienne.

Ma sœur a remplacé le papa dans la salle d’accouchement parce que j’avais besoin de la voir. Et la gynécologue est arrivée pour m’expliquer comment se déroulait une césarienne. Pendant son explication je me suis mise à pleurer, elle m’a demandé pourquoi et j’ai dit que c’était parce qu’on allait me séparer du bébé, elle m’a dit qu’elle ferait en sorte qu’on nous laisse ensemble. Tout le l’hôpital ou presque était au courant de ma situation particulière, ils étaient donc compréhensifs.


Elle m’a dit on a un créneau à 16h30 ou à 18h, un peu comme le drive quoi… J’étais hésitante parce que même si la césarienne était un peu ce que j‘espérais, quand on est devant le fait accompli c’est différent. Je n’ai jamais été pour un accouchement normal, le moment où ça doit arriver m’angoissait, j’ai horreur des imprévus, et je n’avais pas envie de pousser pour diverses raisons (foufoune éclatée, caca sur la table de travail, rééducation du périnée…). Ma sœur m’a rassurée, j’ai pris le créneau de 16h30, je ne pouvais plus attendre et ma mère non plus. À peine le papa revenait qu’on m’embarquait déjà pour la césarienne.

Les filles étaient géniales, drôles, gentilles, sympathiques, aux petits soins et même l’anesthésiste que je trouvais un peu froide a été exceptionnelle.


Ces moments sont flous, j’ai eu des vertiges, des sensations d’étouffement, on m’a mis l’oxygène je crois, j’ai eu envie de gerber… Et là ces petits pleurs, 17h13… Il était enfin là, j’allais enfin le rencontrer, j’avais tellement hâte de le voir. Elles l’ont passé au-dessus du drap, la première chose que j’ai vu c’était ses couilles et j’ai dit « Il a de grosses couilles ! ». Avant que je le vois, le papa m’a dit qu’il était beau et enfin… On me l’a posé à côté et on s’est regardés un long moment, on se connaissait mais on se découvrait. Et c’est vrai qu’il était beau, en toute objectivité.


Le papa a enfin annoncé le prénom qu’on avait caché à tout le monde, y compris au personnel de l’hôpital et qu’on avait rarement dit à voix haute : Sandro. Et la gynécologue a dit : comme le mien !

Une coïncidence de plus.