Laurie Daniel

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Crédits photos : Marion Leuger, Oumayma El Amrani, Sara Chekhi, Laurie Daniel - tous droits réservés

Récit de naissance

Naissance de Souleym



Voilà, mon fils, toi qui n'avait pas encore de prénom le jour de ta venue, toi que je connaissais tant et si peu à la fois, voilà le récit incroyable de ta venue en ce monde....

Nous sommes le 14 mai 2015, hier nous avons été à la piscine, j'ai bien nagé malgré la fatigue et mon gros ventre...un vrai moment de détente, de légèreté.

Depuis quelques jours je me sens tiraillée dans les hanches, le bassin, je sens un inconfort, tu es bien bas, tu tapes, tu pousses, ce matin, un faux travail a commencé, mon corps se prépare doucement à ton arrivée...

Aujourd'hui il pleut, Janna et moi avons dansé et rigolé ensemble tout l'après-midi pour te donner envie de venir, on t'attend.

Janna voudrait que tu viennes un vendredi pour qu'elle n'aille pas au cours de natation avec l'école! J'aimerais aussi que tu arrives... Ce soir Thaïs notre sage-femme m'appelle, elle me suggère de regarder une interview sur la naissance physiologique.... Je regarde cette interview, je suis captivée, elle me booste, je me sens prête ! Il est 23 heures quand je me couche paisiblement.

A 2 heures je me lève pour aller faire pipi, quand je me recouche, de grosses contractions saisissent mon ventre, je continue de dormir, les contractions me réveillent tous les quarts d'heure jusque 4 heures, je n'arrive plus à dormir, elles sont devenues trop intenses.

4h30, Janna se réveil, elle réveil papa (aurait-elle présenti quelque chose?) ce n'est rien elle avait soif. Papa revient se coucher et remarque que le travail a commencé, il ne peut pas se rendormir, il s'active, prépare un petit déj (son fammeux harcha!!!) pendant que j'essaie de me relaxer. Ca y est je sais avec certitude que tu es en chemin pour notre rendez-vous, nous allons nous rencontrer. Je file sous la douche, ça me fait du bien, je me lave les dents et me maquille, je ne veux pas avoir l'air fatiguée pour toi mon petit bébé.

Il est déjà 5h15 quand tout s'intensifie, je perd le bouchon muqueux, nous envoyons un petit message à Thaïs qui répond immédiatement, elle se met en route.

Ma Janna s'est réveillée pour de bon cette fois, elle dit avoir mal au ventre et se recroqueville dans mon lit, je pense qu'elle a peur, elle a compris, je prends le temps de la rassurer, un énorme câlin, je n'ai pas mal, nous allons accueillir petit frère ! Thaïs arrive, il est 6h, Janna prend un petit déjeuner avec papa pendant que Thaïs m'examine, le col est ouvert à 4, nous devons partir tout de suite. Oussama et Déborah qui doivent garder Janna ne répondent pas au téléphone, nous décidons de partir quand même et de frapper à leur porte, je dis un dernier au revoir à Janna qui quitte la voiture, elle ne me reverra plus avec le gros bidon sur lequel elle aime tant te dessiner, t'imaginer, te caresser...

Nous arrivons à Lens, le trajet m'a semblé bien long,le temps est pluvieux mais doux, je sens papa très détendu, il assure vraiment ! Nous nous rappelons que nous n'avons pas de prénom pour toi ... papa pense que l'inspiration viendra au moment de ta rencontre.

Il est 7 heures, pendant les quelques pas qui me mènent à l'entrée de l'hôpital je prends mon souffle. Papa est parti garer la voiture, Thaïs me dit de profiter de ces derniers instants où tu fais encore partie de moi... Je suis au bord de la rivière, je me prépare à plonger... Nous passons la porte, une femme nous guide jusqu'à Florian qui nous attend, j'ai perdu complétement ma "zénitude" le cadre hospitalier provoque en moi un stress qui se dissipe progressivement grâce à papa qui me met à l'aise mais aussi grâce à Florian qui avait tout préparé, bain d'eau chaude, huiles essentielles de lavande et musique douce....je plonge doucement dans mon océan, je laisse les vagues me guider, m'emporter dans ce tourbillon et j'oublie tout...Je me plonge dans le bain, il n'y a plus que nous, toi, moi, papa ( qui aurait bien voulu aussi plonger dans le bain !). Je sais que Thaïs est là tout près, j'ai besoin de tout oublier, de m'oublier moi même, je ne veux plus contrôler, je suis bercée par les contractions et quelques caresses dans le dos que me fait papa.

De 7h30 à 8h15 je suis restée dans cette eau chaude, fermant les yeux pour n'être qu'avec toi mon bébé. Je sais que je ne peux pas accoucher dans l'eau, j'ai peur de souffrir en sortant et j'ai peur de ne plus avoir le temps de sortir si je reste trop longtemps, toutes ces peurs me font quitter un instant mon monde, ma bulle, je préfère aussi quitter le bain. En sortant de ce bain, je suis perdue, j'ai rejoint la réalité, papa, Thaïs, Florian sont là, je suis dans un hôpital, c'est une salle nature qui ne ressemble absolument pas à une salle d'accouchement mais je ne sais plus où ni comment me mettre, je cherche à replonger dans mon océan...je me blottis contre papa, je m'y accroche espérant y trouver refuge mais non.

Je reste finalement quelques temps assise sur les lianes, papa est derrière moi il me masse le dos je sens qu'il est moins détendu, je ne me sens pas bien non plus, je garde mes yeux fermés pour me remettre dans cette bulle avec toi mon bébé, mais je n'y parviens pas très bien, je suis heureuse et à la fois j'ai peur. Quelques larmes coulent, je dis à Thaïs que j'ai peur, elle me rassure, je sens le travail s'intensifier, je sens que tu es tout près.....

Soudain j'ai le besoin de me réfugier à quatre pattes, vite, Florian m'installe des coussins sur la banquette, je m'y enfoui le visage, je ne veux plus rien voir ni entendre, de nouveau j'oublie tout, l'odeur de lavande m'apaise, je replonge dans notre monde. Les contractions sont intenses, je ne supporte pas les mains de papa qui me touchent, il essaye de me soulager, de me masser mais je n'arrive pas à lui dire que cela me gêne, j'ai besoin de rester centrée sur mes sensations, je ne supporte plus rien, je veux tout oublier.... J'entends la voix de Thaïs "fais de la place à ton bébé" _ "accueil le" elle sait que tu es là, tout près...ses paroles me font du bien. L'attente est longue, interminable, j'aimerais en finir mais j'ai trop peur, peur de cette sensation inconnue si étrange, peur de la douleur aussi.... Thaïs m'examine, la dilatation est complète, je sais que je ne ferais plus machine arrière, la porte est grande ouverte, tout se débloque, tu peux venir mon bébé, je me sens prête désormais.... La poche des eaux rompt, ou plutôt éclate, je suis soulagée, plus légère, il était temps... Je relâche tout, dans ma tête et dans mon corps. En deux autres contractions je pousse fort, très fort, ou plutôt c'est toi qui pousse, moi je t'accompagne.

J'appelle "Thaïs !!!" pour me rassurer car cette sensation me fait peur, je n'ai pas mal, Thaïs m'encourage, puis me dit "doucement", je laisse venir, c'est toi qui fais tout le travail, je sens ton petit corps se glisser, je te laisse arriver, tu sors de moi intensemment et délicatement....9h35 Te voilà, d'abord ta petite tête accompagnée de ton bras (le droit parraît-il), puis tout ton corps est arrivé dans un élan d'amour. Je ne te vois pas, ne t'entend pas, je reprends mon souffle, je suis toute bouleversée par ces sensations, tu attendras de me voir pour pleurer, tu as froid, je t'observe, longuement, papa est là près de moi il t'observe aussi, nous sommes toujours attachés par le cordon.

Je te regarde mon bébé, mes yeux se perdent dans les tiens, l'amour m'envahit doucement... Je te tends les bras doucement et te blottis contre moi, nous faisons connaissance. Nous nous allongeons, j'essaye de te donner le sein, mais tu veux prendre ton temps, ton cordon bât encore... je le sens entre mes doigts, c'est merveilleux, il continuera de battre plus de 30 minutes, puis papa l'a coupé courageusement ! Nous voilà séparés...


Le placenta ne vient pas, tu rejoins les bras de papa pour que je puisse mettre toutes mes forces afin de le faire sortir, ce fût assez difficile, douloureux même, Thaïs et Florian m'ont aidé tant bien que mal...enfin le voilà, une heure après ta naissance!

Thaïs examine le placenta et me garde un petit bout. Je suis triste de le voir partir sous mes yeux dans une poubelle, ton compagnon de ces 9 mois en moi.... ce petit bout sera planté plus tard sous un petit olivier.

Tu retrouves mes bras, Thaïs et Florian s'éclipsent. Nous choisissons un prénom, un peu vite mais sûr de nous, ce sera Souleym, notre petit protégé.

Thaïs t'examine, tu vas bien, 49cm et 3.740kg, tu es beau mon bébé, j'ai le bonheur de te mettre moi même tes premiers vêtements, tu es si petit, tout nouveau dans ce monde....

Paisiblement, nous quittons Lens, il est 12h30, nous quittons Florian, nous quittons Thaïs qui repassera régulièrement à la maison les dix premiers jours. Le soir même tu rencontreras ta grande soeur avec beaucoup de tendresse. Ta venue s'est faite en douceur, à la lumière du petit matin, dans le silence, sans aucun cris, sans aucun soin invasif, tu es venu naturellement, simplement, à la même date qu'est née ton arrière grand-mère 95 ans auparavant...

Je t'aime mon bébé.