Témoignage : le co allaitement

Mon mari et moi avons tous les deux beaucoup d'écart avec nos frères et sœurs.
Nous savions que nous ne voulions pas reproduire ce schéma familial et souhaitions que nos enfants aient très peu d'écart.
Lorsque mon grand a eu 7 mois, une petite étoile filante s'est nichée en⁰ moi et s'est envolée aussi vite. J'ai pris conscience que j'étais peu renseignée sur l'allaitement enceinte et sur le coallaitement.
J'ai profité de cette latence inattendue pour me renseigner. J'ai eu du mal à trouver des informations, fiables ou non... le coallaitement n'est pas documenté, pas expliqué et très vite jugé. 
Lorsque mon deuxième petit loup s'est installé en mon sein, je l'ai su tout de suite. Les tétées de mon grand devenaient très douloureuses. Il m'était pourtant inconcevable de le sevrer. Il n'avait que 15 mois et son besoin de succion, de lait étaient encore intense. Et puis... ce coallaitement me faisait rêver.
J'espérais au plus profond de moi que l'allaitement du grand tienne malgré la grossesse. J'ai serré les dents les 4 premiers mois de la grossesse.
Après, les douleurs étaient moins intenses. Quand le petit a commencé à venir se lover contre son frère pendant les tétées à travers mon ventre, que le grand le caressait doucement, j'ai su qu'on tiendrait la distance et que leur relation débutait déjà. A 6 mois de grossesse, je n'ai plus eu de lait.
Du colostrum seulement. Le grand demandait toujours la tétée, faisait de l'hyper alternance et me disait souvent "maman, pu lait. Mais tétée quand même". De lui-même il demandait à manger plus de produits lactés lors des repas. Le jour de mon terme, mon grand a posé sa main sur mon ventre avant sa tétée nocturne. Il a dit "viens bébé !". Puis il a tété comme tous les soirs pour s'endormir.
Bébé secoué par les contractions depuis le début de la journée est venu comme tous les soirs contre son frère. Cette tétée douce et chaleureuse a stoppé les contractions qui commençaient pourtant s'intensifier.
Un moment hors du temps où mes 2 enfants se calinaient une dernière fois à travers moi avant de se rencontrer. C'était comme si le petit prenait une dose de courage par les caresses de son frère pour son grand départ. A sa naissance, mon petit bonhomme a tété en moins de 15 minutes, comme un chef. Il est né à 2h45 du matin, il a profité de quelques tétées seul avant la rencontre avec son grand frère.
Quand celui ci est arrivé à la maternité, il a d'abord couru vers le berceau. Il a donné le cadeau qu'il avait choisi pour son frère et moi, je lui ai donné son cadeau de grand frère. Il a voulu porter son petit frère, il avait un sourire plus grand que son visage.
Il rayonnait et le petit était paisible dans ses bras. Puis le petit a voulu téter, le grand a demandé aussi. Je lui ai demandé de choisir quel sein pour qui et d'attendre que le petit ait bien pris le sein pour lui se mettre.
Il a encouragé son frère, l'a félicité quand il a réussi et a commencé à téter aussi. Il a caressé la tête de bébé tout le long de cette première co-tétée.
C'était très émouvant pour moi.Ma montée de lait a eu lieu la première nuit après la naissance du petit. Pour la plus grande joie du grand lorsqu'il a bu à nouveau du bon lait de maman. 

Le retour à la maison s'est bien passé, ils tétaient seuls ou ensemble sans problème. Puis le petit a du être hospitalisé à 8 jours. Là, ça a été dur pour le grand. Il a eu du mal à comprendre pourquoi je devais repartir à l'hôpital avec bébé. Il passait son temps au sein quand il venait nous voir.
Ça a été la même chose au retour à la maison. Plus de tétées seul pour le petit, le grand tétait plus que lui, nuit et jour. Il ne mangeait plus solide. Il a repris un rythme plus raisonnable au bout de 3 mois et demi. Et s'est remis à manger. Les co-tétées sont désormais l'habitude.
Il y a peu de tétées seuls pour les 2 enfants. Ils se donnent la main, se caressent, se sourient et parfois se poussent un peu. Ils s'endorment souvent ensemble, main dans la main la tête posée près de mon cœur, repus.Je ne sais pas s'ils seront plus proches que 2 frères du même écart d'âge qui n'auraient pas ce lien particulier. Je ne sais pas si leur amour sera fort face aux épreuves de la vie. Mais je suis la spectatrice de leur relation lactée. Et quel beau spectacle. 
Dans la pratique, le co-allaitement n'est pas plus fatigant que l'allaitement. Il faut juste veiller à être vraiment bien installée parce qu'on est vraiment coincée sous 2 bébés/bambins...
L'habillement est aussi à bien choisir si on est un peu pudique car on se retrouve vite complètement exposée lorsqu'ils lâchent le sein pour se marrer ensemble.
A ma reprise du boulot, j'ai demandé des pauses d'allaitement. Si pour le grand j'ai vite pu tirer une fois par jour sur ma pause déjeuner, ici ce n'est clairement pas possible.
Je tire près de 500 ml par jour en tirant toutes les 3h30... la loi de l'offre et la demande se vérifie bien, mon corps produit pour 2 !
Si c'était à refaire, je le referai de la même manière ou presque.
Le sevrage nocturne du grand aurait été une bonne idée pour les débuts car si la journée ils tétaient ensemble, la nuit ils se relayaient. Et moi je ne dormais quasiment pas.
Aujourd'hui, j'ai sevré le grand la nuit uniquement (à 30 mois passés). Ce sevrage nocturne s'est fait en 3 jours, sans larmes. Je savais qu'il était prêt et si je ne l'ai pas fait avant... c'est parce que je savais que ça serait trop difficile pour lui...Même si les débuts ont été durs physiquement, que je n'ai eu l'impression de n'être qu'un sein les premiers mois, je sais que j'ai répondu au mieux à leurs besoins.
Chacun de mes enfants tétera le temps qu'il voudra. Et je suis émerveillée chaque jour de les voir grandir ensemble, main dans la main, les yeux dans les yeux en se nourrissant de mon lait.
Notre trio lacté, ma grande fierté, notre réussite familiale. Le soutien de mon amoureux, son relai pour me permettre de me reposer après les nuits difficiles nous a permis de vivre pleinement ces 7 merveilleux mois et d'aborder sereinement chaque nouveau jour.

Amandine

Laurie Daniel

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