Un bébé prématuré pendant le confinement

G., ma fille, mon bébé, mon chat. Je l’appelle comme ça.

La société l’appellera un prématuré ou un bébé du confinement. Car la réalité est là. J’ai accouché trop tôt. Et au mauvais moment. Le 16/03/20.

“Qu’est ce qui c’est passé “demandera toujours le corps médical . Moi je comprends “pourquoi vous n’avez pas réussi à la garder”. Alors que jusqu’à présent tout c’était bien passé. G. est une surprise de la nature , du début de la grossesse jusqu’à l’accouchement. Rien n’a été planifié et tout a été spontané.

Trop d’émotivité m’aurait fait accoucher. Un décès. Des obsèques. “Il ne faut pas stresser ce n’est pas bon pour le Bébé. “Certes. Mais je fais comment? Je n’ai pas pu faire autrement . Surtout que c’est la mère de ma mère qui est partie. Et moi qui vais être mère ..

Un bébé prématuré et du confinement. On peut dire qu’on a cumulé. Beaucoup me diront “tu vas oublier. “ Mais je ne veux pas oublier. Je ne peux pas oublier. Ne pas oublier ne veut pas dire ressasser. Ça veut juste dire faire avec et accepter pour mieux avancer. Ça fait partie de ma vie. De son histoire à elle et à nous. À notre famille. 

Quand je repense à sa naissance j’en ai des larmes de bonheur. Quelle douceur cet accouchement après 2 semaines de douleur. Deux hospitalisations pour contractions. “Il faut vous reposer. “ Mais je ne peux pas laisser mon cerveau de côté. Je me souviendrai toute ma vie de la sage femme qui m’a annoncé lors de ma 3 eme visite aux urgences “vous allez avoir votre bébé cette nuit” , je suis prête , je me suis dit. Quelle nuit calme, avec la péridurale. Je pouvais enfin me préparer et me reposer pour l’arrivée de mon bébé. Avec son papa, on est resté main dans la main toute la nuit. Et il m’a tellement aidé pour la poussée. Un accouchement doux et serein. On a eu notre bulle de douceur dans un environnement de noirceur. 

Puis après sa sortie , elle est partie. Avec presque 8 semaines d’avance, Elle avait besoin d’autres personnes que son papa et moi pour survivre. L’amour ne suffisait pas. 

Mais alors Comment oublier qu’il nous a manqué presque 8 semaines de grossesse ? Comment oublier ce manque dans mon corps ? cette douleur de Son absence dans mon ventre? Que je me suis retrouvé plusieurs heures seule, sans elle ni dans mon corps ni a mes côtés. ? Que les premières nuits je me réveillais que je ne la sentais plus dans mon ventre et qu’elle était à deux étages en dessous du mien ? Que j’étais sans ma fille et sans mon amoureux ? Que je devais demander l’autorisation aux puéricultrices pour prendre ma propre fille dans mes bras ? Que la culpabilité d’accoucher trop tôt s’est s’additionnee davantage quand j’ai vu ma fille perfusée, sondée et branchée dans sa couveuse ?

Alors non je n’oublierai pas.

Mais aujourd’hui, G a 3 mois. C’est une enfant qui va bien, allaitee exclusivement et aimée tout autant. Nous avons appris à la connaître en parents séparés. Un jour papa, un jour maman. Notre vie de famille a commencé quand G avait 3 semaines et qu’elle est rentrée à la maison. Sans l hôpital. Juste nous 3. Quelques visites médicales à domicile pour surveiller son poids et notre Amour pour elle. Avec les bras ouverts nous les avons accueilles et avec notre soulagement cela c’est fini. Juste nous 3. Puis petit à petit nous l’avons présentée, avec des masques et les distances de sécurité. Notre entourage l a découverte sous condition avec amour sans condition. 

Aujourd’hui G va bien. On nous parlera encore en âge réel et âge corrigé. Pendant probablement plusieurs mois voire années car cela fait partie de son histoire. Pour nous c’est notre bébé. Point. Et non je n oublierai pas mais la douleur s’estompera. 





Laure @laurettecacahuetepirouette

0 vue

Laurie Daniel

+212676333201

+33640204729

Crédits photos : Marion Leuger, Oumayma El Amrani, Sara Chekhi, Laurie Daniel - tous droits réservés