• Laurie

Vivre le deuil périnatal

3 histoires, 3 deuils de maman, ces futurs bébés devenus des anges trop vite... Quand la vie et la mort se côtoient...




L'histoire d'Angélique

On ne fait jamais le deuil de son enfant, on apprend à vivre avec une douleur inexplicable.

Après 3 ans de déceptions et d’échecs avec mon ex-copain, voilà que petit bébé s’est installé après la 1ere insémination.

2 mois de piqûres quotidiennes, 2 mois d’aller-retour à l’hôpital pour des échographies et des prises de sang. 2 mois d’espoir.

Quand cette deuxième barre est enfin apparue, je me suis cru comme dans un rêve.

Un rêve qui a tourné au cauchemar à 3 mois de grossesse.

Le 31 décembre 2016 je me suis rendu aux urgences pour des légères pertes de sang, je voulais juste être rassuré.

C’est après un long examen et un long moment de silence que l’interne de garde ce soir-là nous annonce d’une voix glaciale « je n’entends plus le cœur de votre bébé »

2 secondes, 2 secondes et le ciel, la terre se sont effondrés. Ma vie a basculé.

Me voilà hospitalisé le 1er janvier 2017 pour de gros saignements, par décision personnelle j’ai décidé de faire partir mon bébé avec les médicaments.

Après 3 prises c’est tout naturellement que la sage-femme présente me dit « malgré tout votre bébé est encore bien accroché ». Je me souviendrais de cette journée toute ma vie, cette douleur physique et psychique.


Je suis rentrée dans cet hôpital en portant l’amour de ma vie, je suis ressortis seule.

Un peu plus tard je me séparais de son papa, j’ai appris à me battre et avancer seule.

Parce qu’on m’a trop souvent dit que j’étais jeune, que ça aurait pu être pire, que j’ai le temps, que c’est mieux comme ça, vallait mieux maintenant que plus tard, c’était que le début ... et tant d’autres phrases dites par des personnes qui n’imaginent pas la douleur ; j’ai appris à ne plus en parler, à pleurer en silence.

Et aujourd’hui encore bientôt 3 ans après je me bats chaque jour contre cette injustice et mon malheur.


Jamais je n’oublierai et pour toujours je l’aimerai.



L'histoire de Coralie


Je suis Coralie, maman d’un premier enfant de 9 ans et d’une petite fille de 3 ans. L’envie d’un troisième et l’aventure commence. Mais voilà qu’au bout de 19 semaines de grossesse de mauvaises nouvelles sur la santé de notre futur enfant nous tombent dessus.

Je crois que lorsqu’on nous demande de faire ce fameux choix : poursuivre avec les conséquences ou tout arrêter ... c’est comme choisir de faire mourir une partie de nous avec la décision.

Puis notre fils s’est envolé à 22 semaines de grossesse après un accouchement médicalisé, avec un accompagnement remarquable. Nous voici plongés dans la partie du deuil ! Quand ? Comment ? Pourquoi? On commence ou? ...

Toutes ces questions que l’on se pose avant la rencontre, avant la mise au monde. La première étape a été l’acceptation, merci à mon fils de 9 ans de nous avoir guidé sur un chemin de sagesse grâce à sa maturité exemplaire et ces leçons de vie ! Une fois cette étape acquise , nous nous sommes plus que jamais lié en famille nous 4 avec notre petite particularité, nous avons un enfant au ciel mais qui fait partie intégrante de nos vie.



L'histoire de Marine


En 2015, à l’âge de 27 ans j’arrête la pilule et tombe enceinte 2 mois après.

Premier rdv chez le Gyneco, il me dit qu’il ne voit pas le cœur battre et qu’il s’agit peut être d’un œuf clair.

Je n’avais jamais entendu parlé de ça...

Il me demande de revenir dans une semaine refaire une echo. J’étais tellement déçue... le Gyneco pas très empathique me parle déjà de curetage etc...

je reviens 1 semaine plus tard: finalement la grossesse se développe bien!

Je suis heureuse mais en colère d’avoir stressé pour rien pendant 1 semaine.

A 9sa je commence à perdre un peu de sang. Je regarde sur internet on me dit que ça peut être normal tout comme ça peut être grave. Je reprends rdv pour qu’il m’annonce que le cœur s’est arrêté.


S’en suit un curetage 2jours après.

Je me remets assez vite de cette épreuve mais 2 mois plus tard tjs pas de menstrues.

Je reprends rdv avec mon Gyneco si me dit que tout va bien et que c’est normal ça peut être très long de récupérer un cycle normal.

6 mois après le curetage toujours rien!

Nouveau rdv, j’insiste pour faire des analyses.

On essaie de m’injecter dans l’utérus un liquide pour voir si ça va bien jusqu’au ovaires.

L’intervention est très douloureuse et ils ne réussissent pas à le faire.

Résultat: suspicion de synéchies

Les synéchies sont des sortes de cicatrices qui se forment lorsque les paroles utérines se collent à cause du curetage.


J’appelle mon Gyneco pour lui dire qu’ils n’ont pas réussit à faire l’examen et que du coup ils pensent que j’ai des synéchies.

Il me répond de venir au cabinet pour qu’il fasse lui même l’examen!

Ça a été le truc de trop, vu la douleur que j’avais déjà eu durant le premier essaie, je ne pouvais pas recommencer!

Je suis donc allée prendre un autre avis chez une gynécologue réputée de ma ville.

Elle n’a pas mis longtemps à me dire que oui ce sont des synéchies et que on aurait dû opérer bien plus tôt!


Donc opération la semaine suivante.

Tout rentre dans l’ordre 1 mois plus tard, on reprend les essaies bébé.

2 mois après je retombe enceinte.

Tout va bien jusqu’à 11sa, je recommence à perdre du sang.

Nouvelle fausse couche

Je commence à me demander si tout va bien chez moi... mais pas de tests avant 3 fc pour savoir si il y a un problème quelque part.

Je n’avais informé personne de ces 2 grossesses, et heureusement! La douleur de perdre un fœtus est déjà dur sans avoir encore à l’annoncer à tout le monde.

Du coup nouveau curetage (numéro 2)

Pareil que la première fois, 2 mois plus tard je retombe enceinte.

Le stress de faire une nouvelle fausse couche est là. Je passe le pallier des 9sa et celui des 11sa.


J’effectue la 1 ère grosse écho des 14sa pour la première fois. Je vois les jambes les bras la tête... moi et mon mari sommes ravis.


Étant diabétique j’ai des échos tous les mois: des occasions en plus de voir notre bébé.

Je refais donc des échos à 16 et 20sa.


On apprend que c’est une fille.

Je sens mon bébé bouger, et même par moment me déformer un peu le ventre.

Je prends rdv pour la 2ème grosse écho des 24sa.


A 23sa je commence à perdre du sang.


Je n’attends pas et vais directement aux urgences faire une écho. Le bébé va bien, le placenta aussi. Je signale que j’ai des pertes plus liquides que d’habitude, apparemment c’est normal. Je rentre à la maison.


3 jours après les saignements s’intensifient.

Je retourne aux urgences.

La poche des eaux est fissurée depuis un moment apparemment (d’où les pertes plus liquides), mon col est ouvert, et la Gyneco voit la poche des eaux déjà engagées.

Les mouvements ressentis n’étaient pas bébé qui bougeait mais des contractions.

On me donne des cachets pour arrêter les contractions et pouvoir tenté un cerclage en urgence. Ça ne fonctionne pas.


On m’annonce que je vais devoir accoucher et que le bébé ne survivra pas. En France les médecins n’interviennent que sur les bébés de 24sa. 24sa!!! A 7 jours près ...

J’accouche et ma petite fille décède quelques secondes/minutes plus tard. On me la présente: déjà parfaitement formée, brune, magnifique...

J’ai pleuré pendant des semaines...


Les lochies ont été beaucoup plus longues pour cette dernière fausse couche tardive.

Je me sentais vide et je me demandais si je voulais vraiment retenter d’avoir un enfant.

J’avais informé plusieurs personnes de ma grossesse, ça a été une épreuve supplémentaire de devoir dire que finalement c’était fini. En essayant de nous réconforter les gens ne se rendent pas compte qu’ils peuvent être blessants. Les personnes indiscrètes (proches ou non) qui nous disent « alors c’est pour bientôt ?!» alors que tu es en train de te vider de ton sang, d’autres m’ont dis « au moins toi tu peux tomber enceinte!». Oui c’est vrai, mais le but ce n’est pas de tomber enceinte tous les mois, c’est d’avoir un bébé !


Je ne sais pas ce que c’est de ne même pas arriver à tomber enceinte. Mais tomber enceinte (plusieurs fois), et à chaque fois avoir l’espoir que bientôt on va être maman, et que finalement cet espoir s’envole en quelques minutes... c’est une douleur inimaginable.

1 mois après, ma belle sœur nous annonce qu’elle est enceinte. Mon cœur rate 1 ou 2 battements. Je suis heureuse pour elle, pas de jalousie, je souhaitais et je souhaite à chaque femme qui le souhaite d’avoir un enfant, juste une question: qu’est ce qui ne fonctionne pas chez moi ?

Mon mari a été fabuleux il s’est occupé de tout: l’enterrement, les papiers etc...

je ne sais pas comment j’aurais fais sans lui.

4 mois plus tard nouvelle grossesse.

Cerclage à 14sa, écho et osculations tous les mois, toute la grossesse sous spasfon car « ventre contractile ».

J’ai été très détachée pour cette grossesse, comme si j’étais sûre que ça n’allait pas fonctionner. Pas de grand enthousiasme pour les Échos, pas d’annonce à la famille et aux proches (ni même à ma mère) avant 7 mois pleins de grossesse, pas d’achats ni préparatifs avant 8 mois.


Cette fois c’était un garçon. J’étais soulagée, je pense que si ça avait été une fille j’aurais fais un rapprochement avec la dernière grossesse.

Et même pour l’accouchement: cette peur que quelque chose va mal tourner.

Déclenchement, essaie accouchement par voie basse, ventouse... pour finalement finir en césarienne car bébé bloqué et en détresse.


Mon fils né en bonne santé. Je pensais ressentir une vague d’amour lors de l’accouchement (comme on en entend parler dans les films), rien!

Je suis contente qu’il soit là mais c’est comme si il n’était pas à moi... je m’en occupe comme si c’était le bébé de la voisine. J’ai mis plusieurs semaines à m’y attacher...

Aujourd’hui il a 16 mois et je n’imagine pas ma vie sans lui. Je l’aime, il a changé ma vie.

Je repense souvent à ma fille, je me demande comment elle serait, comment ma vie aurait été si j’avais eu cette petite fille.


Mais je me dis aussi que si elle était avec nous, mon fils ne serait pas là.

L’arrivée d’un enfant n’efface pas les pertes que l’on a eu avant. Il faut trouver le courage d’avancer (certaines ont besoin d’une aide extérieure). Chacun vit les épreuves différemment. Je ne suis pas quelqu’un de dépressive ni même émotive, mais c’était 2 années difficiles...

Courage à toutes les femmes qui ont connues, qui vivent ou qui vivront une perte pareille. La vie continue et l’espoir aussi (même si on refuse de se l’avouer).

Laurie Daniel

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Crédits photos : Marion Leuger, Oumayma El Amrani, Sara Chekhi, Laurie Daniel - tous droits réservés