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Laurie Daniel

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- Soutien & accompagnement de la grossesse et du post partum Auxiliaire de puériculture

Crédits photos : Marion Leuger, Oumayma El Amrani, Sara Chekhi, Laurie Daniel - tous droits réservés

Quelle place pour le père lors de l’accouchement

et auprès du nouveau-né ?

Il est certain que l’arrivée d’un enfant est un évènement  tout aussi bouleversant et important dans la vie d’un homme, mais quelle est sa place lors de ce moment précieux ?

Contexte social

La grossesse, l’accouchement et la maternité ont longtemps été considérés comme une affaire exclusivement féminine. C’est d’ailleurs encore le cas dans de nombreuses sociétés à travers le monde, à contrario d’autres sociétés accordentau père une place primordiale et centrale au cœur de cette aventure.

 Cette nouvelle fonction paternelle n’était pourtant pas existante il y a encore une cinquantaine d’années, même dans les pays occidentaux, lorsque les femmes accouchaient principalement de façon traditionnelle.L’émergence des accouchements médicalisés et l’éloignement familial ont favorisés la place de l’homme entant qu’accompagnant puis entant que père.

Les avancées médicales telles que l’échographie, mais aussi l’accès facile à l’information  contribuent grandement à l’implication et l’intérêt des futurs pères dans l’accueil de leur enfant.  Encouragées par l’idée féministe du partage des tâches, les femmes attendent de plus en plus d’investissement de la part de leur conjoint.

Dans certains pays, on peut constater un véritable engouement des futurs pères qui s’investissent tant dans la préparation à la naissance que dans l’accouchement et les soins du nouveau-né (portage, massages, peau à peau, bain…). Certaines préparations à la naissanceincluent le père entant que tel et lui permettent même de nouer un lien particulier avec son futur bébé comme c’est le cas de l’haptonomie (pratique qui consiste à entrer en relation par le toucher affectif avec le fœtus  au travers du ventre de la femme).

Aujourd’hui au Maroc si le père est de plus en plus impliqué dans cet évènement, il n’a pourtant pas encore sa véritable place à part entière lors de cette étape.

Si certaines cliniques privées acceptent sa présence lors des accouchements, cela est loin d’être le cas dans les hôpitaux publics où le père est encore très souvent tenu à l’écart.

 Par ailleurs, tous les hommes ne sont pas prêts pour autant à vivre cet évènement et certains préfèreront garder leur distance. Traditionnellement au Maroc le futur père est absent de la naissance et de ce qui l’entoure, cette distance est encore très ancrée dans les mentalités. D’autant plus que les hommes des générations précédentes n’étaient pas impliqués dans cette histoire de femmes. Représentant la force et l’autorité leur rôle apparaissait bien plus tard dans la vie de leur enfant. Dépourvus de modèle, les pères actuels découvrent cette nouvelle fonction !

La grossesse de l’homme et la naissance d’un père.

Si l’homme ne vit pas la grossesse et ses transformations physiques et hormonales,(bien que des études aient démontrées des modifications hormonales chez les hommes vivant auprès d’une femme enceinte !)en revanche il vit des étapes psychiques qui le mèneront au statut de père. Pour lui tout se joue intérieurement, il ne fait pas corps avec l’enfant mais il voit sa femme s’arrondir et vivre une expérience qui lui est inconnue ! Chaque homme à sa façon propre de vivre la grossesse, certains vivent même un phénomène étrange : la couvade (forme de grossesse psychologique et symbolique par empathie du futur père qui se met à éprouver certains symptômes de grossesse : nausées, douleurs, stress…)

Alors que la femme se sent mère dès le projet  de grossesse et vit une évolution vers la maternité, c’est au moment de la naissance que l’homme est quant à lui projeté dans son nouveau statut de père.

A la naissance, le père peut éprouver un peu d’appréhension au contact du nouveau-né, rassurez-le, encouragez-le mais  sans le brusquer ! Suite à ce grand changement de vie, certains hommes vivent une crise d’identité paternelle, conséquence d’une grande pression  qu’ils doivent affronter pour faire face aux attentes de leur femme et de la société dans leur nouvelle fonction.  N’oublions pas qu’une naissance est source d’une grande émotion, y compris pour les hommes, et certains pères éprouvent des difficultés face à la complexité de ces sentiments ambivalents, n’en voulez pas à votre époux si il prend un peu de recul le temps de laisser passer cette vague émotionnelle ! Le baby blues au masculin existe, rare et encore tabou, il affecte pourtant l’homme(insomnies, perte d’appétit, comportement inhabituel voire état dépressif).

Certains pères se sentent exclus de la relation mère-enfant et peuvent même aller jusqu‘à éprouver un sentiment de jalousie (envers leur enfant ou leur femme)! Cela est d’autant plus vrai lorsque la mère allaite et que s’établi une relation privilégiée qui est d’ailleurs nécessaire au bon développement du nouveau-né. La proximité maternelle est primordiale et certains pères doivent accepter l’idée de ne pas être au cœur de cette relation.

Cette période fusionnelle ne durera que quelques semaines,  voire quelques mois, bébé grandira, s’éveillera et se détachera de maman, la relation père-enfant se noue de façon progressive mais elle est présente dès la grossesse et la naissance.

 

L’importance du père.

Aujourd’hui nous savons l’importance de la participation du père à l’accouchement dans la relation qui s’établit avec son enfant mais aussi et surtout dans le soutien qu’il procure à sa femme, très vulnérable à ce moment.

Il est évident que dans un contexte d’accouchement traditionnel, la femme entourée d’autres femmes qu’elle connaît et dans un endroit familier se sent rassurée et n’éprouve pas le besoin d’une présence masculine (cela peut même être plutôt perturbant !).

Hors,pour la femme qui se retrouve sur le point d’accoucher dans un cadre hospitalier, dans un lieu et avec un personnel soignant qui lui sont inconnus, la présence masculine de son conjoint  peut s’avérer être un élément sécurisant, confortant et encourageant pour elle. Une sorte de repaire !

Nous savons aussi à quel point le père peut avoir un rôle important, principalement en cas de césarienne, lorsqu’il est amené à prendre le relais auprès de son bébé pendant que la mère se fait dispenser les soins.  Prenons l’exemple du peau à peau qui peut se pratiquer avec le père lorsque la mère n’est pas en état (lors d’une anesthésie générale par exemple).  Le père peut tout aussi bien participer aux soins, dans le cas où la mère n’en a pas la possibilité, il est même préférable pour le bébé que ce soit son père qui le fasse, plutôt qu’un soignant qui lui est étranger.

Par ailleurs, le soutien du père lors des débuts d’allaitement est un soutien ESSENTIEL qui peut faire une grande différence dans la réussite du projet d’allaitement. Aider la mère à trouver une position confortable, lui caler quelques coussins, lui ramener sa bouteille d’eau, ou simplement l’encourager,sont des petits gestes qui sont très précieux.

Dans les premières semaines l’idéale serait que l’homme puisse se rendre utile en aidant sa femme dans les tâches quotidiennes afin qu’elle puisse se consacrer pleinement à leur bébé. Faire une vaisselle, passer un coup de balai, ou préparer un petit repas serait alors une façon pour le papa d’offrir  à son enfant la possibilité de profiter du meilleur pour lui (sa mère !).

Le rôle du père n’en est pas moins important, c’est lui qui va apprendre doucement au bébé que l’on peut vivre des expériences agréable hors des bras de maman !La relation affective se créer aussi et surtout par le contact et les échanges quotidiens, en changeant la couche, donnant le bain, en racontant des histoires, chantant des berceuses, en faisant un massage et tout simplement en donnant un câlin ! Il est certain qu’un homme ne peut remplir la même fonction qu’une femme auprès d’un nouveau-né et que son rôle principal et de respecter et protéger cette harmonie mère-enfant, trouver le juste équilibre entre présence et soutien sans interférer dans cette relation est un véritable challenge pour ces nouveaux pères de l’ère moderne !

Quelques outils clés pour trouver un bon équilibre :

Discutez de vos projets d’accouchement ensemble ! Tenez votre époux au courant de tous vos souhaits (voix basse, peau à peau, allaitement, péridurale ou non, épisiotomie ou non…) le jour J si il est présent il pourra être le garant de la réussite de vos projets en exposant et défendant  pour vous vos choix auprès de l’équipe médicale. Son rôle principal entant que futur père est de vous soutenir moralement et physiquement pour votre bien être et celui du bébé à venir ! Il est en quelques sortes un bouclier qui fait le lien entre vous et l’équipe soignante, vous permettant dans ce moment spécial de pouvoir vous centrer sur vos sensations, vos douleurs, votre ressenti, une façon de vous protéger et de vous permettre de rester dans votre « bulle ».

Ne forcez pas le futur père à assister à l’accouchement s’il ne se sent pas capable. La vue des fluides corporels, et de la souffrance de sa compagne peut s’avérer très difficilement supportable pour certains hommes au point de générer un choc psychologique, parlez-en ensemble sans brusquer l’autre, et n’oubliez pas de lui rappeler que vivre la naissance d’un être humain est avant tout une expérience extraordinaire et unique ! Il est tout à fait possible d’assister à une naissance sans voire ce qui pourrait être déstabilisant  ou traumatisant, parlez-en avec votre gynéco en présence de votre conjoint!

 

Si  malgré tout monsieur ne peut vraiment pas, il est fortement préférable de choisir une autre personne de confiance et de sexe féminin avec qui vous pourrez vous sentir à l’aise,entourée et rassurée et à qui vous aurez fait part de vos souhaits(votre sœur, une amie, votre tante, votre mère, une accompagnante…) Bon nombre d’hommes éprouvent un stress lors de l’accouchement, ce stress est contagieux à la femme voire néfaste au bon déroulement de la naissance ! A l’inverse, ne vous forcez pas à accepter la présence de votre conjoint si cela vous dérange, vous ne feriez qu’augmenter votre anxiété, et votre douleur au risque de bloquer votre accouchement !

 

Exposez-lui vos conditions (rester derrière, ne pas parler, être détendu…) et voyez si cela peut être un bon compromis !

Dans un cas comme dans l’autre, n’oubliez pas que cela peut évoluer jusqu’au dernier moment, il faut parfois un peu de temps au père pour se projeter dans ce moment, et  parfois il suffit d’un déclic! N’oubliez pas que l’accouchement est un évènement imprévisible et que vous pourriez être surprise par la présence ou au contraire l’absence de votre conjoint alors que ce n’était pas prévu….de même il est important pour le futur père de savoir qu’il peut choisir de quitter ou d’entrer dans la salle de naissance à tout moment, cela lui laisse une liberté de pouvoir vivre ce dont il se sent capable tout en gardant une issue de secours.

Enfin, si votre conjoint se montre distant vis-à-vis de la grossesse et de votre enfant  respectez-le et laissez-le gérer des tâches indirectement liées à cet évènement et dans lesquelles il sera plus à l’aise, qui par ailleurs lui permettront de s’investir dans son nouveau rôle de père : nettoyer et préparer la voiture pour le départ à la maternité, préparer et décorer la chambre de bébé, réaménager la maison,  acheter les couches, gérer les visites de la famille et répondre au téléphone pour vous permettre de vous reposer…! 

Pour conclure, la présence du père à l’accouchement et auprès du nouveau-né est un grand tournent dans l’humanité, il représente un virage dans la conception de la naissance, du couple, et de la famille. Pour autant sa présence et son investissement ne doit en rien être une obligation et chaque homme réagit différemment. Trouver sa place idéale n’est pas chose aisée pour un homme dans cette histoire de femme, et accéder au plaisir du « paternage » est un nouveau concept moderne que les hommes découvrent tout juste!L’homme n’est donc qu’au début des chemins qu’il peut explorer dans ce grand bouleversement qu’est la naissance et l’accueil de son enfant !

Cet article est paru dans Parents-Maroc